jeudi 8 novembre 2012
Rencontre avec le Maire
Monsieur le Maire était ce soir en goguette à la Scala du Neudorf, afin d'aller à la rencontre de ses administrés, d'écouter leurs doléances et de les assurer de son total engagement dans toutes les affaires qui les préoccupent. Jusqu'à la semaine dernière, nous étions des habitants de Koenigshoffen, mais il se trouve que notre expulsion nous a déracinés de ce quartier, c'est donc en tant qu'habitants de la C.U.S., et par voie de conséquence du Neudorf entre autres, que nous nous sommes invités à cette petite sauterie. Depuis l'irruption des Huissiers et autres sbires dans notre quotidien, c'était la première fois que nous avions ces élites en face de nous. Nous avons pu ainsi leur faire part de notre colère d'avoir été jetés à la rue.
Pour la petite histoire, il se trouve également que nous avons eu au téléphone l'assistante de Maître IRION huissier de justice, afin de savoir quand nous pourrions récupérer nos petites affaires restées prisonnières au 2 route des Romains. Nous avions cru comprendre que l'article 65 de la loi n°91-650 du 9 juillet 1991 nous permettait pendant un mois consécutif à l'expulsion de nous mettre en contact avec cette aimable personne pour cela. Or notre interlocutrice nous informa avec une compassion non dissimulée que cette loi avait été entretemps abrogée, et qu'une mystérieuse audience avec un non moins mystérieux juge traiterait de cette question épineuse le 12 décembre.
Vae victis, comme dirait l'autre. Double peine, en quelque sorte.
Le jour de l'expulsion, nous aurions du penser à emmener nos lits.
On ne se laissera pas faire, rogntudju!
mercredi 7 novembre 2012
Sur le post du 26 octobre, on vous racontait la rencontre tout à fait fortuite de Roland RIES, Maire Socialiste de la belle cité d'Argentoratum, invité en grande pompe par les petits chanteurs à la croix de bois du Temple Neuf. Langue de bois, croix de fer, vous avez alors eu raison de nous croire sur parole. Pour les incrédules, voici une preuve audio repêchée sur Radio Corbeau, illustrée de quelques photos et dessins envoyés par des lecteurs. Merci à eux.
Sur ce document, on entend principalement le brouhaha des ouailles, nos récriminations, une injonction à un pieux silence lancée par un organisateur, et un chevrotant "je vais regarder", "je vais regarder ça demain." Ces derniers mots sont ceux de Roland RIES, qui a effectivement dû bien regarder la situation: une sorte de Veni, vidi, vici, comme on dit chez les Romains.
Il ne pourra pas dire "je ne savais pas".
Allez, bonne écoute.
dimanche 4 novembre 2012
Marche fun et funêbre
En petite procession, nous avons hier déposé une très jolie couronne mortuaire (bravo les fleuristes) sur la porte de la maison. Ce fut l'occasion de boire un petit coup ensemble, mais aussi de troubler la quiétude de la boîte de sécu attablée dans nos couverts et se mouchant dans nos draps. Le bruit de la visseuse a du les faire sursauter, ce qui a déclenché une série de coups de fil et un mitraillage photographique intensif, le tout à l'intention de leur employeur, la Ville.
Cette petite sortie fut également l'occasion d'admirer les petits mots de soutien gravés à même les funestes planches vissées sur les fenêtres. Merci, puissent-ils recouvrir la maison entière.
Souvenez-vous par ailleurs qu'une enquête publique est en cours afin de déterminer précisément les responsabilités de chaque politicien, de chaque administratif, de tous les minuscules rouages de cette merde, qui peuvent chacun à leur tour dire "je n'ai fait que mon boulot." Leur job entraîne des conséquences qu'ils devront assumer. Nous avons déjà reçu quelques témoignages rigolos, nous recueillons ce que chacun dit ou fait publiquement, bref un petit dossier se construit. A vos plumes, les corbeaux!
A tout à l'heure.
samedi 3 novembre 2012
Témoignage: Expulsés, et après?
Si le 30 octobre 2012 se présente a
priori à mes yeux comme une triste date, je ne souhaite pas
m'abandonner à l'idée d'avoir été vaincu par la force aveugle
d'une escouade de policiers mieux équipés que nous. Si nous faisons
les comptes, nous voyons qui a l'avantage : 6 ans d'occupation contre
3 heures d'expulsion, une centaine de personnes venues en soutien.
La perte du 2 route des Romains est
grande mais la défaite est petite, et la «victoire» de nos
expulseurs, commanditaires et exécutants, est aussi minuscule
qu'eux-mêmes. Les politiciens, toujours avides de vouloir s'élever
un peu plus haut que le bout de leur nez, en sont à se crêper le
chignon pour un mystérieux pompon : celui de prétendre savoir mieux
que d'autres ce qu'il faudrait faire de modes d'action, de gens et de
pratiques qu'ils ne comprendront jamais. Qu'ils se tirent dans les
pattes, qu'ils tirent encore, qu'ils visent toujours plus haut!
Le relogement de Papier Gâchette
montre encore une fois qu'on n'obtient rien sans donner des coups
aux gestionnaires de ce vieux monde.
Que ceux qui, tenants d'une moralité 100% pure lutte, voudraient
croire que ce relogement est le fruit d'une compromission avec la
ville de Strasbourg, n'oublient jamais que la première sortie de
Papier Gâchette fut une manifestation sauvage, que le 30 octobre
2012 les portes du 2 route des Romains ne se sont ouvertes qu'à la
force de la disqueuse, et que malgré les tentatives répétées de
la mairie de vouloir nous diviser nous sommes restés unis. Avoir de
grands locaux, de belles maisons n'est pas une affaire de chance :
les mètres cubes de dossiers déposés pour des projets qui doivent
pourrir dans une salle d'archive de Strasbourg en témoigneront.
Celui que nous avons rédigé il y a 5 ans pour la forme en fait
partie!
Il n'y aura pas de conclusion parce que
je n'en trouve pas ; pas plus que de bilan car nous n'avons pas dit
notre dernier mot. Pour que le phénix renaisse encore faudrait-il
qu'on l'ait réduit en cendres.
Merci à tous ceux et celles qui nous
ont soutenus, et qui soutiendront et initieront des projets où nous
nous sentons un peu plus chez nous.
François
Ouais, on a reçu un tract de soutien!
Nous avons reçu ce tract, qui a le grand mérite d'élargir la question du soutien à notre situation particulière à une problématique plus large.
Si ce tract vous parle, vous pouvez le télécharger, en discuter, le diffuser, etc.
Si vous avez des critiques, des apports ou d'autres propositions, n'hésitez pas, elles seront relayées en commentaires de cette page.
Nous avons mis le doigt dans l'engrenage. Ca fait un peu mal, mais ça peut nous mener loin.
A tout de suite.
Si ce tract vous parle, vous pouvez le télécharger, en discuter, le diffuser, etc.
Si vous avez des critiques, des apports ou d'autres propositions, n'hésitez pas, elles seront relayées en commentaires de cette page.
Nous avons mis le doigt dans l'engrenage. Ca fait un peu mal, mais ça peut nous mener loin.
A tout de suite.
DERNIER AVIS AVANT COUPURE!
Monsieur RIES,
nos services ayant constaté un détournement de fluides, nous vous sommons par la présente de régulariser votre situation avant le
LUNDI 5 NOVEMBRE 2012
En effet, notre association a quitté le local sis 2, route des Romains le 30 octobre. Or, nous avons constaté au cours des jours suivants que des lumières étaient allumées dans le grenier, ainsi qu'un puissant spot éclairant la porte latérale. Notre contrat avec l'Electricité de Strasbourg ne saurait être détourné de la sorte.
C'est la raison pour laquelle nous ferons procéder à une coupure d'électricité dès lundi, la trêve hivernale ne s'appliquant pas en ces conditions ainsi que le stipule la loi U-58j, art. 683 ter et séqu.
En cas de difficultés financières, il vous appartiendra de contacter les services sociaux.
Veuillez agréer, monsieur, l'expression de notre passion sans borne.
mercredi 31 octobre 2012
Amère défaite!
Vous le savez peut-être déjà, nous avons perdu.
Le 2 route des Romains a été expulsé. Nous sommes dehors.
Un récit parmi d'autres peut-être:
Mardi 30 octobre.
Nous sommes prêts à l'assaut, debout à 5h comme la veille.
Le petit déjeuner parvient quand même à être joyeux.
On observe les mouvements dans la rue, les badauds circulent anodinement et nous font de petits signes d'intelligence de temps en temps. C'est drôle. Il leur manque le journal devant la gueule avec de petits trous. Leur mission est de repérer les éventuels signes confirmant la venue des pandores, pour lancer les appels à soutien le plus tôt possible.
7 heures. Ca y est. Un homme, sur le trottoir d'en face. Il vient de sortir de sa voiture et attend au passage piéton. Un costard, plutôt cher. Une tête d'ancien militaire. Il traverse, passe devant la maison, puis repasse et se plante devant la porte. Les messages sont envoyés illico. Certains hélas n'arriveront que deux heures plus tard.
Un groupe, qui fumait des clopes au fond de l'impasse se dirige à présent vers la maison, armé de pinces monseigneur et de pieds de biche. Cet inquiétante bande organisée sonne à la porte. Nous ouvrons une fenêtre. Qu'y a t'il pour votre service. "Vous n'êtes pas surpris?" nous assène celui qui manifestement est le chef militaire de ces joyeux drilles. Non. Mais on ne s'y habituera jamais.
Les premiers soutien arrivent, tournent autour des agresseurs, sifflent, houspillent, prennent des photos (ce qui n'est pas du goût des expulseurs). Ils ne sont pas beaucoup, les plus tôtifs, mais ils envoient! Pour l'instant, les suppôts de la Ville tournent autour du pot. Ils ne savent pas bien par où ils vont entrer par effraction. Par le jardin? Non, il y a de l'herbe par terre, c'est sale. Par la porte latérale sur ses grosses glissières métalliques. Bof. Par la porte avant, vieux portail de bois rappelant l'époque où toutes ces baraques étaient de petites fermettes? Oui, pourquoi pas? Les outils sont dégainés.
Le groupe de soutien, qui s'est un peu étoffé, se précipite devant la porte, rempart d'amitiés diverses et accumulées contre les sbires. Ces derniers, malgré leur brutalité, veulent garder le contrôle de la situation et appellent du renfort, bleu de préférence. Un petit temps après, trois camionnettes de casqués, armés et harnachés débarquent, se précipitent sur les amis entassés et enlacés devant la porte et les jettent un par un dans le chemin, avant de les enserrer derrière un cordon bleu étanche.
C'est le moment de tester l'efficacité de nos barricades. 1830 et 1848 sont loin, les Socialistes ont bien changé depuis, et nos savoirs-faire ont un peu décliné. Mais chaque minute passée par la dream-team de la C.U.S. à s'acharner en pestant sur nos petits bricolages nous remplit d'allégresse. Qu'ils en chient: c'est normal, puisque c'est une besogne de merde. La porte résiste un temps à leurs assauts, ils se démontent l'épaule en essayant de foncer dedans, puis après avoir eu l'idée de se servir du pied de biche, une planche finit par sauter. A leur grand dam, elle découvre un petit bout du lit de ciment disposé et bordé au pied du portail. Quelle déconvenue! Ils optent alors pour la fenêtre, arrachent un volet, puis deux. Il y a des barreaux. Pince monseigneur, groupe électrogène, disqueuse gros format... Débauche de matériel, c'est facile, pour eux, d'ouvrir des squats.
Tout a cédé, je ne sais pas combien de temps on leur a fait perdre. Pas beaucoup. Pas assez. Mais évidemment, ce ne sera jamais assez. La partie est perdue: un flic rentre par la fenêtre, flash-ball à la main (vous savez, ces armes non-létales qui ne font que casser les rotules et crever les yeux...). Nous optons pour la fuite, plutôt que de nous faire traîner lamentablement par des flics heureux de nous dominer, plutôt que de prendre le risque que l'un ou l'une d'entre nous se fasse isoler du groupe et coincer par un affreux. Par une porte dérobée, nous réussissons à rejoindre le groupe de soutien toujours bloqué par le cordon bleu. Nous refermons la lourde porte latérale sur ses glissières et nous quittons cette maison qui nous a accueilli pendant presque six ans.
Des journalistes étaient là, qui voulaient faire un "papier" sur ce qui s'était passé ce matin. L'un d'eux me fond dessus, caméra et micro en avant, avide d'une déclaration. A qui veut-il que je parle? Que pourrais-je dire à une caméra et à un micro, inertes, qui me mettent en lien avec des spectateurs passifs qui distraitement vont zapper pendant quelques secondes d'un sujet à un autre? Pourquoi ne me parle t'il pas d'abord, lui, simplement, sans tout son attirail? Pourquoi ne me demande t'il pas d'abord quels sont nos moyens de communications, et si éventuellement nous pouvions avoir besoin du sien? Est-il touché par la situation, ou est-ce un simple sujet d'actu pour lui? Est-il possible de filmer la détresse ou la colère sans un minimum d'empathie? Pourquoi ces questions sont-elles totalement absentes de leur démarche, au point qu'ils nous regardent toujours comme des martiens quand nous leur posons? J'ai regardé son reportage plus tard, il traduit cela par une sorte de "les squatteurs refusent de communiquer". Si c'est cela, la communication, oui, je la refuse.
Nous aurions pu alors partir immédiatement en manif dans le quartier, comme un au-revoir, comme une dénonciation de ce qui venait de se passer, et dont les responsables n'étaient pas là. Scander les noms des BIES, des EL KOUBY et autre BOUDJEMA pour que la honte soit plus honteuse encore. Mais il était pour nous extrêmement difficile de nous arracher à la contemplation de ce qui était en train de se passer. Comme une envie morbide de céder à la fascination devant les mureurs, les tueurs d'espace, les urbanistes et leurs petites mains. Nous n'avons rien pu proposer d'autres. Puis, comme certains signes perçus à gauche à droite semblaient indiquer que les flics auraient bien effectué un petit prélèvement de manifestants soigneusement sélectionnés, nous avons choisi de nous replier, d'aller hors de leur présence pour nous retrouver avec ceux qui nous avaient soutenu, et parler, parler de ce que nous avions ressenti, de ce que nous avions pu faire ou pas, et de ce que nous allions faire plus tard.
Merci aussi à tous ceux qui ont proposé de nous héberger, le temps de pouvoir se retourner et envisager autre chose.
Mais la lutte continue. A présent, nous allons lancer une enquête publique pour déterminer précisément les responsables de ce gâchis, et les livrer en pâture. Restez curieux.
A bientôt.
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